Par Aba Taylor
Si les communautés LGBTQ ont toujours embrassé la mode – en sélectionnant soigneusement des éléments essentiaux et en se coiffant de façon stratégique afin d’exprimer leur identité de genre ainsi que leur propre style-le phénomène de mode la plus récente et généralisée (mis à part les fameuses coiffures asymétriques et les variations de mo-et faux-Hawks, tous des hommages aux styles des années 1980), est le look dandy. Le dandysme actuel – aussi un retour à l’Europe de jadis, du 18ème, 19ème et 20ème siècle – se distingue généralement par des chaussures à bout pointillé, des pantalons ajustés, vestes, des chemises dans un pull en colle v, des cravates, nœuds papillon, ascots, entre autres. Si l’on ne mentionne pas l’élitisme ou les tours de tailles parfaits ou encore l’héritage colonial, la mode dandy d’aujourd’hui est très répandue chez les personnes LGBTQ aux États-Unis, mais il n’est pas spécifique à ce groupe, les métrosexuels ont également adopté ce même look de l’élégance cultivée.
De l’autre côté de l’océan Atlantique, dans un monde au sein d’un monde au sein d’une ville, l’importance accordée à l’élégance est devenue quelque chose de plus profonde que la tendance du jour. Dans cette région qui a été précédemment étiquetée «le cœur des ténèbres», des accoutrements aux couleurs rouges vives, roses, jaunes, blancs ou du bleus, flashent comme des feux d’artifice à Kinshasa. Ces teintes brillantes font partie des garde-robes éclectiques des membres de l’un des clubs les plus exclusifs au monde, la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, alias Le SAPE. Les messieurs de Le Sape, appelés Sapeurs, ont été intronisés dans ce que certains appelleront, une religion de style, un culte de la toile. Pour ces hommes congolais, être un véritable Sapeur n’est pas seulement une manière de s’habiller, c’est un mode de vie. Dans un pays peut-être mieux connu du monde extérieur pour sa guerre civile et ses violences sexuelles envers les femmes, les très visibles (aux costumes rose vif) Sapeurs attirent moins l’attention, même entant qu’un mouvement pacifique autoproclamé. Armés de cannes, de cigares, chapeaux melon, nœuds papillon, Westons crocodile, bretelles, kilts et chaussettes et costumes colorés, ces messieurs raffinés promeuvent un mode de vie qui est à la fois extrême et bien établi, exclusif et ouvert d’esprit, unique et universelle.
On pourrait mentionner le côte incongru de Le Sape. Considérez par exemple le premier grand sapeur, André Grenard Matsoua, un intellectuel Congolais qui a vécu à Paris pendant un certain temps et qui faisait partie de l’armée française. Acclamé comme le premier Congolais à revenir de Paris en 1922 comme un véritable Monsieur Français, Matsoua est maintenant considéré comme un héros national, révolutionnaire, prophète et combattant de la liberté de la puissance coloniale – une sorte de religion a été fondé à son nom. Et tandis que Le Sape peut à première vue être considéré comme la reproduction flamboyante de la bourgeoisie parisienne ou européenne, tout bon Sapeur insistera pour que la culture elle-même est entièrement native pour du RDC, même si influencée par l’Europe et le style colonial. Vers la fin siècle dernier, les sapeurs étaient rejetés par la société comme des délinquants. Aujourd’hui, pour être un vrai un Sapeur, chaque membre doit être éduqué, et certains disent même parler couramment le français. De nos jours, les Sapeurs sont membres de la communauté et sont respectés avec un statut de célébrités. Ils sont souvent payés pour assister à des mariages, des enterrements et autres cérémonies, afin de donner à l’événement une touche plus prestigieuse. Ce que pourrait paraître à la surface comme un spectacle superficiel, produit du matérialisme décadent, est en fait ce que les membres les plus endurcis qualifient de science et d’une religion, la Sapology. Avec un code d’éthique strict, sa morale et son code de conduite, et même une série spécifique des Dix Commandements à suivre. le rôle du Sapeur est à prendre avec le plus grand sérieux au milieu de toute sa flamboyance – à commencer par la règle fondamentale qui est de ne jamais dépasser 3 couleurs à la fois et par accoutrement.
En 2009, l’édition Trolley publia une collection tout aussi somptueuse d’images brillantes prises par le photographe Italien Daniele Tamagni, avec une introduction du créateur Anglais, Paul Smith. La manière respectueuse de Tamagni de documenter le style immaculé des Sapeurs qu’il semble avoir appris à connaître, éclaire parfaitement cette sous-culture. Placés dans le contexte des rues pauvres de Kinshasa, mais en fait nulle part ailleurs à travers le monde, ces dandys se démarquent avec aisance.



